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Cent ans après, l'œuvre de Caran d'Ache conserve saveur et vivacité à nos yeux. Précisions
Par son art très épuré, la clarté et l'efficacité de ses lignes, de ses motifs et de ses personnages font de Caran d'Acheun pionnier de la bande dessinée moderne.
Maestro, le roman dessiné
En 1894, il envoie au Figaro une lettre décrivant un grand projet : « Mais il est notoire que tous les romans parus depuis J.C. sont bâtis d'une façon uniforme quant à l'aspect extérieur et en plus ils sont tous écrits. Eh bien, moi, j'ai l'idée d'y apporter une innovation que je crois de nature à intéresser vivement le public ! Et c'est ? Mais tout simplement de créer un genre nouveau : le roman dessiné. (...) Tout sera exprimé par les dessins en 360 pages environ. »
Cette œuvre, que Caran d'Ache prévoit d'appeler Maestro n'est cependant jamais publiée du vivant de l'auteur, et il faut attendre 1999 pour que 120 pages soient publiées en 1999 par le CNBDI, sans que l'on sache si les autres ont survécu. (ci-dessus à gauche : Carnet de chèques)
Un cas exemplaire
Caran d'Ache fut une figure majeure du dessin humoristique et de la caricature en France à la fin du XIXe siècle : une Belle Epoque féconde en talents satiriques répandant leur verve ou leur vitriol dans mille journaux et revues.
Et dans ce domaine cas de Caran d'Ache est exemplaire. Il reflète l'attitude d'une bonne partie des Français, déchirés par la guerre de 1870-1871, la Commune et un implacable processus d'industrialisation. Ces Français tentent de reconstituer une unité à travers l'image d'une armée héroïque, tendue vers la revanche. (ci-dessus à droite : Histoires en images)
Le goût de l'ordre
On décèle chez lui une fascination devant les grands rassemblements, un attrait pour l'ordre. Il y a un lien évident entre le goût de Caran d'Ache pour le déploiement militaire et son attitude de caricaturiste au cours de l'affaire Dreyfus Dans la caricature antidreyfusarde, en revanche, il manifeste une haine profonde, collective , au nom du nombre mutilé .
Pour lui qui croit à la culpabilité de Dreyfus, ce dernier est « tombé » volontairement ; il rompt l'unité de l'armée, l'unité que forme le nombre ; il trompe l'attente du désordre héroïque ; il entre forcément dans cette autre unité qui est l'ennemi, il en est la forme insidieuse : le juif. Il fut l'un des caricaturistes politiques les plus féroces de cette affaire. Début