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Années sombres
1951 et 1952 seront des années sombres pour Boris Vian. Il vient de quitter son épouse Michelle Léglise, dont il a eu deux enfants, Patrick en 1942 et Carole en 1948, et vit difficilement de traductions dans une chambre de bonne, au 8 boulevard de Clichy. Il n'a plus un sou mais le fisc s'acharne à lui soutirer des impôts anciens qu'il ne peut payer.
Son esprit fécond l’amène cependant à collaborer au Collège de 'Pataphysique (la science des solutions imaginaires), fondé en 1948. Il y retrouve Raymond Queneau et est nommé Équarrisseur de première classe en 1952, puis satrape en mai 1953. Dans cette aimable corporation, il donne libre cours à son imagination pour fournir des communications et des inventions baroques telles que le gidouillographe ou le pianocktail. En 1954, il se remarie avec Ursula Kübler.
Acteur aussi
Il fait quelques apparitions sur scène, au théâtre et dans quelques films. Il joue par exemple le cardinal de Paris dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy.
< Boris vian - monographie
Le matin du 23 juin 1959, Boris Vian assiste à la première de J'irai cracher sur vos tombes, film inspiré de son roman.
Il a déjà combattu les producteurs, sûrs de leur interprétation de son travail, et publiquement dénoncé le film, annonçant qu'il souhaitait faire enlever son nom du générique. Quelques minutes après le début du film, il s'effondre dans son siège et meurt d'une crise cardiaque en route vers l'hôpital. Le Collège de 'Pataphysique annonce la mort apparente du « Transcendant Satrape ».
Le Déserteur
Sa chanson la plus célèbre (parmi les 461 qu'il a écrites) est Le Déserteur, chanson anti-militariste écrite à la fin de la guerre d'Indochine (soit le 15 février 1954), juste avant la guerre d'Algérie. Cette chanson fut interdite sur les ondes dans sa version d'origine en raison de son caractère anti-militariste, ou « procivile » comme le disait Vian lui-même.
Le Déserteur
« Ce n'est pas Boris qui a créé la chanson, c'est Mouloudji. Je lui avais donné la chanson, qu'il aimait beaucoup. Il était en pleine gloire à l'époque et, quand il l'a chantée, il a bien senti qu'il choquait violemment le public. Il a demandé à Boris de changer la fin et Boris a accepté. Dans la version chantée par Mouloudji, le dernier refrain est modifié. Les seuls qui aient chanté la version intégrale, ce sont Boris et Serge Reggiani. Quand il devinait la salle hostile, en tournée, Boris chantait toujours la version intégrale, ce qui était encore très révélateur de son refus systématique des concessions…»
Interview de Jacques Canetti par Philippe CONSTANTIN et Michel LE BRIS (extrait de « JAZZ HOT »)
Boris Vian fut l'objet de poursuites de la part de factions d'extrême-droite. Sous sa deuxième forme, la chanson eut un succès dans les années 1960, chantée par Peter, Paul and Mary, mais Vian était déjà mort. Amoureux de la culture américaine et aussi par nécessité, il a traduit en français un roman de science-fiction : Le Monde des Ā d'A. E. van Vogt, tout comme sa suite Les Joueurs du Ā.
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