1989, Place Tien'anmen
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Pékin, 5 juin 1989. Une colonne de blindes quitte la place Tiananmen. Soudain, une silhouette jaillit. Droit, seul au milieu de l'avenue, un homme en chemise blanche, deux sacs de supermarché au bout des bras, immobilise le monstre d'acier. Le massacre des étudiants révoltés de Pékin est achevé. Flash-back
Les dirigeants chinois sont partagés quant au mouvement étudiant. La faction conservatrice, menée par Li Peng, mais qui regroupe des responsables militaires, tels que Yang Shangkun, désire une mise au pas autoritaire des manifestants. Les réformistes, autour de Zhao Ziyang, souhaitent une solution négociée et pacifique. Tout au long du mois de mai, les contacts se succèdent et l'opinion générale dans les milieux estudiantins est qu'une solution sera trouvée.
Loi martiale
Au cours de la journée du 19 mai, Zhao Ziyang, favorable à un règlement négocié du conflit, est mis en minorité par les partisans d'une ligne dure, menés par Li Peng. Le soir, via les haut parleurs de la place Tian'anmen, Yuan Mu, le porte parole du gouvernement, annonce aux étudiants la proclamation de la loi martiale.
Zhao Ziyang est immédiatement limogé, et placé en résidence surveillée. Il y restera jusqu'à sa mort. Ses proches collaborateurs tombent en disgrâce. Autour de Li Peng se retrouvent le Président de la République, Yang Shangkun, et son frère Yang Baibing, très proches de l'Armée Populaire de Libération. Sitôt après l'annonce, des soldats de la 38ème armée (chargée de la défense de Pékin) prennent position autour de la capitale.
A Pékin, les étudiants demeurent sur la place, et dressent des barrages aux portes de la ville. Le 20 mai, l’armée recule devant les manifestants pacifistes. Chai Ling prend la direction de la coordination étudiante autonome.
La répression du mouvement
Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des soldats de la 27ème et de la 28ème armée entrent dans Pékin. Ils tirent à la mitraillette contre les personnes qui s’interposent sans arme. Des heurts violents avec les manifestants ont lieu sur les axes qui mènent à la Place Tian'anmen, en particulier à Muxidi, où une colonne de véhicules est incendiée. Les combats se poursuivent jusqu'à ce que l'armée atteigne la place, écrasant avec ses chars les manifestants restés sous les tentes ; la place est évacuée à l'aube. Dans les jours qui suivent, l'armée occupe Pékin, des affrontements sporadiques ont encore lieu la nuit. Le mouvement étudiant est également réprimé en province et une purge sévère est menée dans tout le pays.
Bilan
S'il est clair que l'intervention fit un assez grand nombre de victimes, leur nombre varie nettement suivant les sources :
* le gouvernement Chinois donne 300 morts dont 23 étudiants ;
* Zhang Wanshul, ancien dirigeant de l'agence Xinhua, dénombre 727 morts dont 14 soldats ;
* les sources occidentales et la croix rouge chinoise suggèrent de 2600 à 3000 morts ;
* Amnesty International (Chine : liberté massacrée) fait état d'environ un millier de morts (pour la seule ville de Pékin, aucune donnée n'est disponible pour les affrontements en province..
Conséquences
L'intervention écarte définitivement du pouvoir Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti communiste chinois. Il demeurera en résidence surveillée jusqu'à sa mort. Bao Tong, son secrétaire politique, est arrêté. Condamné en 1992, il est en résidence surveillée depuis 1996. Deng Xiaoping remplace Zhao par Jiang Zemin, le secrétaire général du Parti de Shanghai, jusque là peu connu.
Dans la population, la reprise en main est rapide. Deng Xiaoping, silencieux pendant toute la durée des évènements, prononce le 9 juin un discours, où il résume la position officielle sur les évènements. Pendant les douze mois qui suivent des commissions d'enquête sont créées, qui interrogent tous ceux qui ont pris part aux évènements. Ceci met fin définitivement aux mouvements étudiants des années 1980.
Abandon des réformes
Dès la fin de l'été, une série de campagnes d'opinion sont lancées, autour de thèmes patriotiques (notamment le personnage de Lei Feng), et des Quatre Principes Cardinaux (Voie Socialiste, Dictature du Prolétariat, Marxisme Léninisme Pensée Mao Tsé Toung, Prééminence du Parti Communiste). Les médias qui s'étaient montrés favorables aux étudiants (ou à Zhao Ziyang) sont remis au pas. L'idée de réforme politique ou de démocratisation, envisagée jusque là par certains éléments du Parti, est abandonnée.
Aujourd'hui
L'explication officielle, fournie par Deng Xiaoping quelques jours après le 4 juin et inlassablement reprise depuis, est qu'un petit nombre d'émeutiers, pour l'essentiel des repris de justice et des chômeurs mécontents, avaient attaqué les soldats qui venaient mettre de l'ordre sur la place Tian'anmen, et l'armée avait dû se défendre.
Vingt ans après, les évènements de 1989 sont toujours un sujet tabou en Chine. Ils ne sont pas évoqués dans les livres d'histoire, ni enseignés. Chaque année, le 4 juin, la place Tian'anmen est très surveillée, pour éviter toute commémoration. Les sites internet étrangers sur le sujet sont censurés ou bloqués. Début
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